AFFAIRE ROMAN / GENTIL

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VOYAGE AU BOUT DE L'HORREUR

Céline, 7 ans, violée, torturée et assassinée

Le 28 juillet 1988 le corps de la petite Céline Jourdan est retrouvé sous des branchages. Elle a été violée, assassinée avec actes de barbarie. Quelques jours après, deux hommes, Didier Gentil et Richard Roman sont arrêtés.

Décembre 1992. Sur la place du palais de justice de Grenoble, une bonne partie des cinquante journalistes accrédités, les équipes télé et les photographes attendent. Discrètement, Rose et André Jourdan, les grands-parents de Céline, arrivent. Dépôt de fleurs, une photo de l’enfant et ces mots : « Justice pour Céline ». Les mêmes mots que de nombreuses personnes portent sur des badges bleus.



Gilbert Jourdan

 Les deux accusés entrent dans le box. Didier Gentil, tête baissée, haut de survêtement bleu ciel. Richard Roman, cheveux longs coiffés en arrière, dégageant un large front pâle. Il lève souvent au ciel ses yeux bleu clair. Dans ce regard, il y a cet « air d’apôtre » dont parlent si souvent les habitants de La Motte. Ses yeux se tournent aussi sur les bancs où a pris place la famille de la victime. Nathalie, la compagne de Gilbert Jourdan, pleure en silence.

Du rituel bien huilé de la première audience, on passe vite au premier accroc.

Didier Gentil

 Me Garraud, l’avocat de la « boulangère de Reims », militant des prétoires pour son association Légitime Défense, veut se constituer partie civile. Cette fois, comme l’y autorise la loi, il entend agir au nom de la Ligue pour la protection de l’enfance martyre. Me Massot, l’avocat de la famille Jourdan, déplore que les parents de la victime n’aient même pas été consultés par Me Garraud, et qu’ils apprennent cette constitution de partie civile à l’ouverture du procès. Et l’avocat ajoute : « J’estime qu’il s’agit uniquement d’une manoeuvre de récupération. Gilbert Jourdan avait demandé que cette association ait la pudeur de ne pas se porter partie civile. »

Vient ensuite la lecture de l’arrêt de renvoi. Moment difficile, parfois insoutenable. Pendant plus d’une heure, on rappelle comment la petite Céline a été martyrisée et violée avant d’être achevée avec une pierre. Aucun détail d’autopsie n’est épargné. Un voyage au bout de l’horreur.

Richard Roman

« Le juge Bonnet puis la Cour, en ce moment, voient qu’il serait innocent. Alors j’ai des doutes sur la vérité (...). Je demande pardon à Richard, à sa famille et à la famille (de Céline). » Ces phrases bredouillées et bégayées laissent l’assistance de la cour d’assises de l’Isère dans un silence de marbre. Didier Gentil vient de la prononcer à la reprise de l’audience du procès du viol et du meurtre de la petite Céline. Elle sonne comme un demi-aveu, concrétisant un peu plus ce qui se fait jour au fil de ce procès : la probable innocence de son coaccusé, Richard Roman, dont il est le principal accusateur et qu’il s’acharnait, jusqu’ici, à charger.

Gentil poursuit en demandant que des psychiatres soient de nouveau appelés à la barre pour lui permettre de « comprendre ce qui se passe dans sa tête ». Il ajoute : « Je voudrais savoir s’il n’y a pas la possibilité que j’aie rêvé. Dans mon intérieur à moi, je vois Richard Roman présent le soir des faits. Pour moi, il a toujours été coupable, mais je veux savoir si je vis dans la réalité ou dans ma vie intérieure. »

C’est trop pour la famille. Elle est venue au procès avec une crainte : que Richard Roman, qu’elle croit coupable depuis que les gendarmes ont obtenu ses aveux, ne parvienne à se faire acquitter.

La mère de Céline, Joëlle Maurel, s’écroule en larmes. Elle se tourne vers le box des accusés et implore : « Dites-moi, dites-moi qui a tué ma fille. » Le père, Gilbert Jourdan, dit au président : « Nous n’avons pas intérêt à mentir. Nous ne voulons pas à tout prix deux assassins, mais j’affirme que Roman était au village à 20 h 30. Alors je vous demande de prendre en main Roman et de lui faire dire la vérité. » André Jourdan, le grand-père, n’en peut plus de tous les efforts qu’il déploie depuis le début du procès pour rester calme et serein. Il se lève du banc de la famille d’où surgissent des cris pour lancer à Roman : « Parle, salopard ! » La salle est évacuée.

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Gilbert Jourdan, le père de Céline

C’est Rosemarie Jourdan, la grand-mère de l’enfant, qui imposera le calme en faisant respecter une minute de silence en mémoire de Céline. Elle dit, car pour elle rien n’est réglé : « Je ne veux pas que ce procès soit celui du fada contre l’intelligent. »

Gentil, dans son box, a craqué. Il sait maintenant que plus personne ne le croit. Que ses quinze versions différentes du drame ont semé le doute, d’autant que des témoignages de plus en plus nombreux viennent disculper Roman et le contredire.



La Motte du Caire

 Il sait aussi que des preuves matérielles contre Roman, il n’en existe pas. Mais, contre lui, si. Dont l’analyse génétique pour le viol, qu’il reconnaît. Dans le scénario de Gentil, c’est Roman qui endossait la responsabilité d’avoir décidé le viol et commis seul le crime. Roman en prenait pour perpétuité assortie d’une peine incompressible de trente ans de prison. Lui, Gentil, pouvait, pour le viol, n’avoir « que » dix-huit ans.

Avec la longue marche du procès vers l’innocence de Roman, c’est lui, Gentil, qui endossera la plus lourde peine. Est-ce pour cela qu’il tient des propos le rapprochant de l’irresponsabilité, et donc des circonstances atténuantes ? Lui qui, encore vendredi, proclamait : « Je ne suis pas fou », cette fois, ne sait s’il vit « dans la réalité ou dans une vie intérieure ». Il dit qu’il revoit le viol, mais pas le crime, qu’il a des « doutes sur la vérité » mais ne peut « les expliquer ».

L’avocat général, Michel Legrand, dont le grand mérite dans ce procès aura été de ne pas se borner à être l’accusateur qui veut absolument faire plonger les accusés, est soulagé. Il avertissait depuis jeudi qu’il ne pourrait requérir contre Roman face à tant d’incohérences et de contradictions. Cette fois, il laisse entendre qu’il ne pourra poursuivre désormais l’accusation contre Roman. « Didier Gentil, dit-il, a commis deux crimes : l’assassinat de l’enfant, insoutenable, et il a failli condamner un homme à la mort civile en l’envoyant pour trente ans en prison. » Il poursuit : « La Cour a compris ce que l’on ressentait depuis quatre ans. Gentil a dit ce que tout le monde attendait de lui. On s’est précipité sans mesure, de manière délirante, sur un homme. »

Richard Roman ne pipe mot. Il dira seulement à la grand-mère de Céline, imposante de dignité : « Je suis bouleversé, je suis entièrement innocent. »

Le procès se poursuit cependant. Le gendarme Ramette, qui a obtenu les aveux de Roman, a été de nouveau convoqué à la barre pour s’expliquer sur les pressions qu’il aurait exercées sur un témoin pour lui faire changer sa déposition afin de charger Roman. Il a nié. Le témoin a confirmé.

L’arrêt a été rendu en présence de Me Colette Cardis, qui remplaçait Me Collard, et de Gentil, extrait de sa cellule de Varces (Isère) où il purge sa peine. Joëlle Maurel, mère de la fillette, recevra notamment 350.000 francs (54.000 euros) « en son nom personnel » et 150.000 francs (23.000 euros) en qualité de représentante légale de son fils mineur Christophe. Gilbert Jourdan, père de Céline, recevra 150.000 francs (23.000 euros). Le reste sera réparti entre grands-parents et arrière-grands-parents.

Didier Gentil, vingt-neuf ans, sera condamné le 17 décembre 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 28 ans, pour le viol et le meurtre de Céline perpétré le 28 juillet 1988 à La Motte-du-Caire (Alpes-de-Haute-Provence). 

Faute d'éléments à charge contre Richard Roman il sera acquitté lors du procès. Personnellement, 24 ans après, permettez moi de douter… !!

DERNIERE NOUVELLE :



Le 23 juin 2008, Richard Roman a mis fin à sa vie en avalant une forte dose de médicament. Il ne s'était jamais remis de son passage à La Motte du Caire. Mais ce suicide cache peut-être un aveu de culpabilité...!

 

Plus jamais ça...!!

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