LE CYCLOPS

Parmi les disparitions dont la marine de guerre fut victime, celle du "Cyclops" est la plus connue et aussi la plus étrange si l'on tient compte des communications entre terre et mer et de bateau à bateau à l'époque de la première guerre mondiale et plus encore en raisons de curieuses coïncidences. La guerre faisait rage et on crut tout d'abord que le "Cyclops" avait heurté une mine, ou encore avait été torpillé par un sous-marin allemand, ou encore avait été victime d'une mutinerie due au despotisme de son commandant, véritable tyran. On envisagea même un moment la trahison du capitaine, d'origine allemande qui aurait pu tout simplement livrer le bateau à l'ennemi. En fait, certains indices pouvaient accréditer n'importe laquelle de ces hypothèses, notamment en raison du fait que le "Cyclops" après avoir appareillé de La Barbade avait brusquement mis le cap au Sud au lieu de prendre la route au Nord. Puis tout aussi brutalement il disparut. Mais l'examen ultèrieure des rapports navals allemands prouva qu'à l'époque il n'y avait ni sous-marins, ni mines dans les parages. Au moment de sa disparition, le "Cyclops" transportait une cargaison de manganèse et, peu de temps après la guerre, des agents allemands en Amérique du Sud se vantèrent d'avoir placé des bombes à retardement à bord du cargo. Autant qu'on le sache, le "Cyclops" n'a pas été pris dans un cyclone, mais, evidemment, il peut avoir été victime d'une lame sourde de forte amplitude, s'être retourné et avoir coulé avec son équipage.

Le Commandant George W. Worley. Seul maître à bord...

Le USS Cyclops a été mis en service en novembre 1910. Il ravitaillait d’autres navires en charbon à travers les océans. En janvier 1918, le USS Cyclops est chargé du ravitaillement de navires britanniques dans les eaux brésiliennes.
Le navire repart de Rio de Janeiro le 16 février 1918 avec une cargaison de Manganèse. Le 20 février, il entre à Bahia. 2 jours plus tard, le USS Cyclops met le cap vers Baltimore (Maryland, Etats-Unis). Le voyage retour aurait du se faire sans escale, mais le navire s’arrête à Barbados (une petite île dans l’Atlantique à l’Est de la mer des Caraïbes) le 3 et 4 mars, et charge des marchandises. Le 4 mars, le navire reprend le large en direction de Baltimore. Il ne réapparaîtra jamais. Le 13 mars, des recherches ont sont lancées pour retrouver le USS Cyclops. Le 17 avril, alors qu’aucune trace du navire n’est retrouvée, un télégramme est reçu par le département d’état de Brockholst Livingston.

Le Télégramme.

Ce télégramme provient de l’ambassadeur des Etats-Unis de Barbados et est pour le moins surprenant. Selon l’ambassadeur, le USS Cyclops avait largement assez de charbon pour poursuivre son voyage jusqu’à destination : seulement 600 tonnes était nécessaires. Mais le capitaine a quand même acheté du carburant. Ce n’est pas tout : il aurait également acheté plusieurs tonnes de nourriture. L’ambassadeur a aussi remarqué que le capitaine n’était pas très apprécié par son équipage, et avait une certaine admiration pour les allemands. Le message précise aussi que plusieurs passagers à bord avaient des noms allemands.L’enquête montre que le capitaine Worley était né en 1862 en Allemagne sous le nom de Johan Frederick Wichmann. Il a émigré aux Etats-Unis en 1878 puis, quelques années plus tard, a changé de nom. Il a réussi sa carrière jusqu’à devenir le capitaine du USS Cyclops. Il était peu apprécié de ses subordonnés à cause de ses actes violents et de son esprit pro germanique.

 

D’ailleurs, lors du dernier voyage de l'USS Cyclops, Worley avait fait exécuter un des quelques prisonniers que le navire transférait aux Etats-Unis. Par la suite, l’enquête mettra au jour plusieurs éléments qui laissent penser que Worley aurait pu livrer le navire aux allemands. Après la guerre, les archives allemandes sont fouillées, mais aucun élément permettant d’étayer cette thèse de la trahison n’est trouvé. L’hypothèse d’une disparition au cœur du triangle des Bermudes est aussi évoquée. Force est de constater que le navire a été vu pour la dernière fois en direction de ce fameux triangle. Ensuite, que s’est-il passé ? Peut-être que le capitaine avait trop chargé son navire, envoyant ce dernier par le fond dans les eaux tumultueuses du secteur. Mais aucun signal de détresse n’a été envoyé par l’équipage. Même si les échanges radio n’en étaient qu’à leurs débuts à cette époque, l’USS Cyclops en possédait les moyens.


Avec le recul actuel, on constate que la disparition de l’USS Cyclops a deux points communs avec les nombreuses disparitions enregistrées dans le secteur du triangle des Bermudes : disparition soudaine, et aucune trace de l’épave et de l’équipage retrouvée.

En 1968, soit 50 ans après le naufrage, Dean Hawes plonge 70 km au Nord Est de Cape Charles. Alors qu’il approchait du fond, il s’aperçut qu’il marchait sur l’épave d’un navire différent de tout ce qu’il connaissait. Il décrivit un pont fixé sur de longues échasses d’aciers. Sur le pont principal, d’énormes bras s’élevaient vers le haut. Hawes du ensuite refaire surface. Il souhaitait réexaminer cette épave, mais le mauvais temps força son navire à rentrer au port.


Quelques années plus tard, Hawes découvrit dans un article des images de l’USS Cyclops. Il n’avait aucun doute : c’était le navire qu’il avait vu au fond de l’océan. Il réussit à convaincre la marine américaine d’effectuer des recherches dans la zone où il avait plongée. Plusieurs épaves ont été trouvées, mais aucune ne correspondait à celle de l’USS Cyclops. Aujourd’hui, personne ne sait si Hawes a réellement vu l’USS Cyclops, et le mystère plane toujours autour de la disparition la plus meurtrière du triangle des Bermudes.

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